La justice populaire tue un innocent
Accusé d’avoir distrait une moto, une personne a été tabassée ce jeudi 7 novembre 2013 jusqu’à ce que mort s’en suive.
Vêtu d’un pantalon Jean bleu et d’un t-shirt, le corps sans vie d’un jeune homme est allongé au sol non loin de l’université de Douala. Tout à coté de lui une moto. Et des personnes défilent à tour de rôle pour découvrir le macchabée. Selon quelques témoignages la victime a été lynchée par la population suite à des alertes signalant qu’il venait de déposséder à quelqu’un l’engin à deux sur lequel il roulait. « J’étais chez moi, à la résidence de l’université de Douala, quand j’ai entendu du bruit. Par la fenêtre, j’ai aperçu des "benskinneurs" qui poursuivaient un homme en moto en criant que c’était un bandit, qu’il venait de voler un deux-roues », raconte un étudiant de l’université de Douala. « Le temps de m’habiller, et je suis descendu voir ce qui se passait. Il y avait un attroupement juste derrière l’université. L’homme était au sol, des "benskinners" le frappaient avec des planches de bois, notamment au visage. Il saignait du nez, des oreilles mais bougeait encore », poursuit-il. Malgré son intention et ses tentatives à porter secours à cette personne, il n’y parviendra pas. Car dissuadé par les menaces de la population en colère qui le prenait comme complice de l’infortuné. « J’ai dit : "Essayons de l’emmener à l’hôpital, on peut encore le sauver". Mais pour seule réponse, j’ai reçu un coup sur la tête. Les gens m’ont accusé d’être son complice, et j’ai préféré ne pas insister », se souvient tout déçu ce témoin qui réussira néanmoins à alerter la police. Celle-ci n’arrivera que 40 minutes après. Entre temps, le présumé voleur de moto qui n’a pas pu être identifié avait succombé de ses blessures. Comme cela ne suffisait pas, la population s’apprêtait à lui administrer le supplice du colis. Mais, sera stoppée par l’arrivée des forces de maintien de l’ordre.
Un innocent
Selon certaines sources, l’enquête illico presto ouverte par la police aurait permis de se rendre compte que l’homme lynché n’était qu’un innocent. Celui-ci aurait simplement pris la fuite après avoir percuté un passant à proximité du commissariat du XIe. Ce qui a sans doute laissé penser à certains qu’il volait cet engin à deux-roues. Sans état d’âme, la population lui a réservé le châtiment suprême.
La justice populaire qui est devenue la privilégiée des camerounais qui se sentent abandonnés par les instances chargées d’assurer la sécurité des biens et des personnes, vient là de coûter la vie à un innocent.
Vivien Tonfack